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Petites histoires de priorités et autres incohérences

vendredi 4 septembre 2009, par Sebastien Bosvieux

Au gré de mes navigations sur internet, je me promenais sur le site de la mairie de Tournefeuille et je suis tombé sur un PV du conseil municipal d’avril 2009. Il y était question d’un accident vélo/voiture sur une piste cyclable traversant une route.

Plus largement le maire était interrogé sur « l’ambiguïté spécifique qui existe à Tournefeuille dans des signalisations incohérentes de priorités aux croisements des routes avec les passages des pistes piétonnes et cyclables » ce à quoi est répondu que les services s’’emploient à établir une réponse sur ce point  »et que « des solutions seront proposées dans les semaines à venir  ». Le maire de conclure que «  tout sera fait pour clarifier la situation sur l’ensemble de la Commune ». Bref, on n’est pas bien avancé surtout que la situation n’a pas beaucoup évolué.

Le code de la route est pourtant réglé au millimètre pour les voitures. Tous les cas sont bien connus et rares sont les moments où les automobilistes ne savent pas, entre-eux, qui a priorité. En revanche, envers les cyclistes, c’est bien différent. Ce n’est pas très clair. Les franchissements de route constituent souvent des critères de non utilisation des pistes pour les cyclistes. Au-delà du ralentissement, qui a priorité ? Dois-je descendre de vélo ?

Voyons ce que dit le code de la route

R 412-30 Lorsqu’une piste cyclable traversant la chaussée est parallèle et contiguë à un passage réservé aux piétons dont le franchissement est réglé par des feux de signalisation lumineux, tout conducteur empruntant cette piste est tenu, à défaut de signalisation spécifique, de respecter les feux de signalisation réglant la traversée de la chaussée par les piétons.

R415-14 Pour l’application de toutes les règles de priorité, une piste cyclable est considérée comme une voie de la chaussée principale qu’elle longe, sauf dispositions différentes prises par l’autorité investie du pouvoir de police.

R 415-3 Tout conducteur s’apprêtant à quitter une route sur sa droite doit céder le passage aux cycles et cyclomoteurs circulant dans les deux sens sur les pistes cyclables qui traversent la chaussée sur laquelle il va s’engager (l’article 4 dit la même chose pour tourner à gauche...)

Voyons maintenant quelques cas concrets, en italique ma manière de faire. Pour connaître le nom des lieux, laissez le pointeur de la souris sur l’image :

Ch. du Canal (Rangueil) Cette piste traverse une entrée de parking. La piste est donc prioritaire. Je passe.
Ch. du Canal (Rangueuil)

Quelques mètres plus loin, la piste traverse une autre entrée de parking. Cette fois-ci il y a un passage piéton. Sa traversée étant règlementairement réservée aux piétons. Je dois descendre de vélo. Soit je quitte la piste pour la chaussée, soit j’enfreins la loi en traversant à vélo !

Av. du Marquisat (Tournefeuille) Toujours une piste qui traverse une voie privée. Là, chaque usagé a le même marquage au sol : « cédez-le-passage ». Il y a égalité ! On va dire que c’est la priorité sans marquage qui s’applique. Voie priivée : je passe.
Av. Eisenhower Plus dangereux, une traversée de route. Passage piéton. Règlementairement je descends de vélo et traverse au « piéton vert » mais un panneau spécial cyclistes m’indique de céder le passage. J’applique le principe le plus "pratique", je cède le passage en restant sur mon vélo...
Route d'Espagne Au sens de la loi, je traverse vélo à la main car je suis sur un passage piéton. Toutefois, le panneau signale aux voitures que des cycles peuvent traverser. Cela signifie-t-il que je peux traverser à vélo ou alors est-ce un message aux automobilistes : ces inconscients de cyclistes vont commettre une infraction ? Par expérience, route à grande circulation, on me laisse plus facilement passer vélo à la main et puis à chaque bout je suis sur un trottoir.
Route de Narbonne (Paul sabatier)

Cette fois-ci, la traversée de la piste est clairement identifiée. Il n’y a pas de signalisation (y compris feu piéton) et il existe un marquage « cédez-le-passage » pour les voitures. Donc je passe.

Av. du Marquisat (Tournefeuille) Le passage piéton est accolé à un marquage de piste cyclable. Je possède un "cédez-le-passage" mais aussi un marquage « stop ». Les voitures ont aussi un marquage « cédez-le-passage ». Je passe à vélo sans prendre de risque. Cet endroit est très fréquenté des cyclistes, les automobilistes cèdent la plupart du temps le passage.
Ch. de Larramet (Tournefeuille) Le panneau pour les voitures indique un passage piétons et de cyclistes (le panneau indiquant le cycliste n’existe d’ailleurs pas officiellement mais est intéressant) . Le marquage au sol n’indique pas clairement un passage piétons. Les voitures ont un marquage « cédez-le-passage ». Je passe
Ch. de Larramet (Tournefeuille) Là, la différenciation de marquage existe entre cyclistes et piétons. Le piéton a priorité alors que le cycliste a un "cédez-le-passage". La voiture a elle aussi un "cédez-le-passage". Je cède donc le passage et s’il y a trop de voitures non courtoises, je m’impose à pieds, vélo à la main. On remarquera la barrière qui coupe le chemin piétonnier. Une quille, séparant les piétons et cyclistes auraient convenue également pour empêcher les voitures de passer et stationner.
Av. de Muret Passage piéton et traversée cycliste bien différenciés. Le "piéton vert" me permet de traverser. Les voitures venant de ma gauche doivent me laisser passer, d’une part à cause du marquage mais aussi parce qu’une piste cyclable est prioritaire quand un usager la longeait et la coupe en tournant. Je passe.
Pont Pierre de Coubertin Je vais couper une route dont les usagers viennent de la même direction que la mienne et tournent. J’ai alors priorité. Sauf qu’il y a un passage piéton. J’enfreins la loi et passe sur mon vélo en étant très attentif aux voitures qui tournent.
Chemin Azais (Bordelongue) Mon passage est identifié par marquage. La priorité à droite s’applique. La route n’est pas encore ouverte, je passe les yeux fermés !

Quelque soit la situation, on remarquera que la signélétique et les règles de priorité sont difficlement compréhensibles et presque toujours. D’autre part, le passage de cyclistes n’est pas clairement identifiable pour les automobilistes. Ces derniers n’ont, d’autre part, presque jamais de pré-signalisation. Par conséquent c’est la plupart du temps la règle du plus fort qui s’applique : le vélo attend qu’il n’y ait plus personne pour passer.

Ces exemples sont décortiqués avec excès, surtout de la part d’un cycliste, espèce de délinquant de la route bien connu pour mettre de côté tout respect du code de la route... ces quelques situations montrent qu’il est difficile d’y respecter la loi strictement, et que :
- les règles de priorité soient facilement compréhensibles, conformes avec la réglementation, et pratiques à l’usage.
- ces règles soient appliquées de la même manière sur tout le territoire pour être connues et identifiables facilement et rapidement de tous les usagers.
- les automobilistes soient prévenus à l’avance de la traversée d’une voie cyclable
- les traversées cyclistes et piétons soient bien identifiées et différenciées.

Ces quelques points illustrent la nécessité pour l’agglomération toulousaine d’harmoniser et de clarifier la manière d’aménager la voire pour les cyclistes.
Loin de moi l’idée qu’il y ait un seul et unique aménagement valable en toute circonstance. Toutefois il paraît nécessaire d’établir un cadrage des aménagements, sous forme de recommandations aux aménageurs qui se base sur celles existantes, rédigées par le CERTU.
L’idée d’une charte semble également intéressante car elle va au-delà de la technique et impose une réflexion précise préalablement à toute réfection de voirie. Il y aurait ainsi peut-être moins de réalisation comme celle-ci, manifestement l’une des plus petites bandes cyclable de l’agglomération (rue de Gironis) !

Rue de Gironis
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