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Décembre 2007 : VélôToulouse tombe dans le panneau (de pub)

Vélostation près de la Maison du Vélo

Toulouse a franchi le pas du vélo en libre service. Pour ne ne pas rester ringarde face à Paris ou Lyon elle s’est donc équipée d’un système de location entièrement automatique. Les VélôToulouse gris et rouges ont envahi la ville rose depuis le 16 novembre et cela va s’accentuer puisque le système va s’étoffer pour atteindre à terme 2400 bicyclettes réparties sur 253 stations. Que du bonheur...ou presque.

On ne pourra que se réjouir que ces stations soient installées à la place de stationnements automobiles, tout un symbole, comme une espèce de passation de pouvoir. La voiture a vécu, elle aura épuisé tout notre pétrole en moins de 200 ans. Finalement le vélo précédait la voiture, il lui succèdera !
Principal avantage, l’envolée du nombre de vélos augmentera automatiquement la part modale du vélo (dans l’hypercentre) et contribuera à modifier le rapport de force vélo-auto. En effet, l’expérience montre que plus il y a de vélos, meilleure est la cohabitation, les uns ayant l’habitude des autres. Et puis les cultures changent petit à petit, le vélo appelle le vélo !
D’autre part, le partage des vélos est une idée intéressante. Le monde de rareté dans lequel nous rentrons par l’épuisement des ressources naturelles nous obligera à moins posséder et à davantage partager. Ainsi, lors des premiers jours de fonctionnement du système, un VélôToulouse était emprunté en moyenne 4 fois par jour. En rythme de croisière, ce chiffre se monte à près de 6 pour un Vélib’ parisien et même plus de 7 pour un VéloV’ lyonnais.

VélôToulouse, idyllique ?

Vélo est évidemment synonyme de liberté et d’écologie. Et là, le tableau s’assombrit. Cyclocity, nom de ce système de location, est exploité par JCDecaux, multinationale leader mondial de l’affichage publicitaire. Or la publicité est bien l’antithèse de la liberté. Elle provoque l’asservissement mental des consommateurs, les manipule plus ou moins subtilement pour leur voler leur liberté de consomm’acteurs et leur créer des besoins afin de les faire consommer toujours plus, cette surconsommation qui fait que 20% des habitants de la planète consomment 80% de ses ressources. Bref, à la pollution écologique des sucettes éclairées toute la nuit avec défilement des pubs s’ajoute la pollution mentale des pubs elles-mêmes.

La publicité est en effet le fond de commerce de la dynastie Decaux qui ne souhaite absolument pas diversifier son activité vers le cycle mais utilise les vélos partagés pour imposer toujours plus de publicité ; à la fois directement en insérant de la publicité à chaque vélostation et, une première à Toulouse, sur chaque vélo mais aussi indirectement en proposant son service quasi gratuitement à la collectivité, en contrepartie du très juteux marché du mobilier urbain et de l’affichage publicitaire qui va avec (comme à Paris ou à Lyon). Toulouse a pour sa part décidé de séparer les marchés de vélos en libre service et mobilier urbain.

Les deux leaders mondiaux de l’affichage publicitaire, JC Decaux et l’Américain Clear Channel se tirent la bourre sur tous les marchés de mobilier urbain et par conséquence sur les marchés de vélos en livre service. A Toulouse, l’appel d’offre initial passé en 2006 a été annulé pour "motif d’intérêt général" puis relancé en 2007 à l’issue duquel JCDecaux a été choisi en juin.
Si les deux afficheurs ne pouvaient proposer contractuellement ce service gratuitement en échange du marché mobilier urbain, celui-ci trône en arrière-plan des discussions. L’exploitation des 630 abribus (mot propriété de... JCDecaux) et autres 490 panneaux d’affichage est en attente d’attribution depuis près de 3 ans suite à la guerre féroce que se livrent ces deux là. Rappelons que JCDecaux est installé depuis 1973 à Toulouse et ne souhaite pas en bouger... Il n’est donc pas étonnant qu’il se soit appliqué à mettre une main sur les vélos pour essayer de garder l’autre sur l’affichage publicitaire.

Dessin de Cabu paru dans le Canard Enchaîné

La mairie paye le service VélôToulouse à l’afficheur publicitaire la coquette somme de 4.188.300 € HT par an pendant 15 ans, plus une redevance proportionnelle au taux de rotation journalier des vélos. En échange elle reçoit les recettes des locations. JC Decaux se rémunère également sur les recettes de l’abonnement (qui est élevé : 25€/an et 5€/semaine contre 5€/an et 1€/semaine à Marseille ou Lyon, même système et même opérateur... sans publicité sur le vélo). Le service coûte donc environ 1745€/vélo/an à la mairie.

A qui profite la publicité sur les stations et les vélos ?

Pas à l’utilisateur car le prix d’accès au service est relativement élevé comparé à un service similaire dans d’autres villes (Lyon, Marseille, Orléans, Rennes...). A la mairie ? Elle touche en tout et pour tout une redevance de 100€ par an pour chaque sucette (une par station) soit 25300 €/an... soir 0.6% de ce qu’elle paye à JCDecaux. Il ne reste donc que JCDecaux lui-même. Impossible de dire ce que lui rapporte VélôToulouse, les contrats qu’il passe avec ses clients sont bien évidemment secrets, en particulier celui qui le lie pendant un an avec la banque chinoise qui s’affiche sur chaque vélo. Les VélôToulouse sont en effet les seuls vélos en libre service revêtus de publicité. La délibération du conseil municipal qui établit les rémunérations ne prévoit pas cette forme de publicité et donc pas les redevances logiques qui vont avec . Manquerait plus que ces publicités fassent la promotion de bagnoles !

Le marché toulousain du vélo en libre service avait une autre particularité. Parmi les 4 sociétés ayant répondu à l’appel d’offre, une avait pour "coeur de métier" la location de vélo. Il s’agit de la coopérative de production (SCOP) toulousaine Movimento. En charge actuellement de la gestion de locations "humaines" au Capitole et au Port St Sauveur, elle a développé un système de location automatisée "LISA" qui n’ a rien à envier à Cyclocity. Basée sur les principes de l’économie sociale et solidaire, elle ne travaille qu’avec des PME locales (ses vélos son fabriqués à St Gaudens par exemple) dans un but d’insertion professionnelle. Sur un plan financier, il est évident qu’elle ne peut résister au mastodonte qui tire ses recettes de la publicité et dont les actionnaires court-termistes n’ont sans doute pas les mêmes logiques qu’une coopérative toulousaine. Il est regrettable que le choix se soit fait sur des critères uniquement financiers.

Business, publicité, multinationale, le cycliste urbain peut-il se retrouver longtemps dans cette conception du vélo ? La réponse semble évidente... Et encore faudrait-il parler de tous les cyclistes toulousains... Les vélos stations se font en effet rares passés les boulevards. Une fois encore, si l’hypercentre est suréquipé, les quartiers sont laissés en proie à la jungle automobile.

Dessin : Cabu dans Le Canard Enchaîné

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Mis à jour le mercredi 2 janvier 2008, par Sebastien Bosvieux

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