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L’écomobilité du futur

Il y a deux semaines, avait lieu le congrès national annuel de la FUBicy. Pendant trois jours, des élus, associations et professionnels venus de toute la France et œuvrant pour le cyclisme urbain se sont retrouvés pour apprendre, débattre et discuter de la situation actuelle et de l’avenir du vélo utilitaire. Chacun en est reparti remotivé et remonté pour affronter les idées encore très largement centrées sur la voiture, véritable frein au développement du vélo. De plus, cette année, tout ce petit monde s’est retrouvé à Strasbourg, ville emblématique en matière de part modale vélo et donc de politique cyclable. Pourtant, nous n’y avons pratiquement pas croisé de journalistes. Google actualité ne remontait que 4 réponses sur le sujet.

Un autre évènement, quasiment au même moment et juste en face, ne pouvait en dire autant : 112 réponses sur Google actualité. Il est vrai plus vendeuse car plus « moderne » : l’expérimentation de la mise en circulation de la toute dernière Toyota Hybride « plug in » (rechargeable), avec borne de recharge installées partout en ville, rametait 250 journalistes deux jours plus tard ! La grande majorité de ces articles de presse met en évidence une admiration absolue envers cette voiture quasi miraculeuse. Tout le monde devient alors vertueux pour sauver la planète : les élus, sponsors, constructeurs de voiture, fournisseur d’électricité, utilisateurs…. Une naïveté (hypocrisie) et un manque de recul qui ferait presque penser que nous avions à faire à 112 publi-reportages ! Un manque manifeste d’éthique journalistique qui trahit certainement la pensée profonde des journalistes, sans doute automobilistes et attachés à cette condition : repeignons là en vert grâce à la technologie et alors la voiture ne sera plus un problème mais une solution. Une Prius électrique c’est sexy et ça symbolise le progrès, un vélo ça renvoi à un retour en arrière, une régression.

15 km en tout électrique... une distance très "cycliste"

Electrique ou thermique ? Pourtant, voilà 20 ans qu’on nous explique que la voiture électrique va tout révolutionner. Mais cette fois-ci attention, ça semble la bonne, voici la « voiture du futur », « la révolution électrique », la « mobilité durable » et « l’écomobilité du futur ». Jugez plutôt : 20 km d’autonomie théorique en électrique, et 15 km en condition réelle… voilà qui rappelle les échelles de distances à vélo. Ne nous y trompons pas, la cible de la Prius est bien la ville et les petites distances. Comme le dit un dirigeant de Toyota "55% des trajets quotidiens font moins de 10 km et 80% moins de 20 km".

Seule Libération ose un timide questionnement : « alors que la municipalité tente de réduire la place de la voiture en ville, au profit des transports doux et collectifs, le choix de promouvoir un véhicule individuel, même hybride et rechargeable, peut surprendre ». En effet, le moteur est-il vraiment le problème de la voiture en ville ? L’électricité, si elle s’avère moins émettrice en CO2 (du moins en France , hors heures de pointe), ne résoudra pas les problèmes de bouchon et de saturation, de stationnement, de sécurité routière, de partage de l’espace public, de géographie de la ville avec ses pôles d’emploi, d’habitat, ses immenses zones commerciales, tous éloignés et générateurs de déplacements et d’étalement urbain.

Poussez-vous, la Prius arrive !

D’ailleurs le récit du média « blog auto », qui a testé la voiture en centre ville (forcément), est assez évocateur « les bobos Strasbourgeois, qu’ils soient à pied ou à vélo, ont de curieuses notions du code de la route. Vu qu’ils ne vous entendent pas venir, ils s’engagent sans prévenir (et sans regarder.) Vous manquez d’en écraser un, puis la personne continue, sans avoir conscience d’avoir échappé de peu à un accident ! Au total, on a bien failli renverser 10 personnes en 15km ! Une diffusion massive de Prius pourrait donc représenter un grave danger pour l’électorat d’Europe écologie. » Les écolos, à pieds ou à velo, doivent donc laisser passer l’auto, elle a priorité !

Le problème de la voiture dans les villes, Alain Jund, adjoint à l’urbanisme à Strasbourg en a pourtant clairement parlé lors du congrés vélo « le vélo ne circulera que s’il prend de la place sur la voiture ». Le maire, Roland Ries, préfère tempérer « il fallait sortir des schémas anciens il y a vingt ans. Aujourd’hui, il s’agit d’une impérieuse nécessité. Il faut la bonne voiture, au bon endroit au bon moment. Elle n’est plus l’ennemi du transport public ». Le Républicain Lorrain complète son propos : « en signant le retour de l’auto (écolo) en ville après des décennies de religion du "tram-bus-vélo" ses autos carbone compatibles ». Il s’agirait de savoir exactement dans quelle direction on s’oriente.

Gare au scientisme

Au-delà des inconvénients de la voiture en ville et du mode de vie qu’elle génère, qu’en est-il de la ressource électrique ? Passer le parc automobile français à l’électrique reviendrait à devoir construire 18 EPR (avec l’uranium qui va avec , s’il en reste assez) ou planter 50 000 éoliennes (voir l’article de Jancovici). Qu’en est-il des ressources de lithium pour les batteries ? Le cycle de vie (énergie totale que va nécessiter la voiture, y compris pour sa fabrication et son recyclage) de cette Prius est-il vraiment meilleur ? Qu’en est-il également des réelles intentions de Toyota, quand elle vend une Prius à 30 000 € (on n’a pas parlé de l’aspect social…), combien met-elle de 4X4 sur le marché, elle qui se définit comme « pionnier des SUV en milieu urbain ».

Il convient de ne pas s’enthousiasmer outre mesure pour ses solutions technologiques. Si elles peuvent constituer des éléments de réponse aux problèmes écologiques, elles ne sont pas des solutions miracles, permettant de tout résoudre et de ne rien remettre en cause par ailleurs.

Le vélo, aussi modeste soit-il, est une piste à ne pas écarter pour penser l’avenir de la ville, un avenir vraiment durable. Allez, soyons optimistes et imaginons que les journalistes deviennent plus lucides : 250 d’entre eux en juin 2011 à Clermont-Ferrand. Non pas pour un nouveau pneu plus « écolo » mais pour le prochain congrès de la Fubicy !!

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Mis à jour le lundi 10 mai 2010, par Sebastien Bosvieux

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